[Cyclisme] TdF 2011 : Le sacre d'un Australien

Publié le par stephol07

La 98ème édition du Tour de France a déjoué tous les pronostics. Alors qu’on imaginait un duel Schleck-Contador, Cadel Evans est devenu le premier australien vainqueur du Tour.

 

Une hiérarchie chamboulée

 

Dès la 1ère étape, on sent que ce Tour là sera différent. Après quelques chutes sur le début du parcours, une autre dans les derniers kilomètres coupe le peloton en deux, piégeant ainsi Contador qui perd plus d’une minute. Philippe Gilbert devient le premier maillot jaune en remportant l’étape. Le contre-la-montre par équipe du lendemain permet à Thor Hushovd de s’en emparer. Au Mûr de Bretagne (4ème étape), c’est Andy Schleck qui perd 8’’ sur les principaux favoris. Il faudra attendre la 9ème étape entre Issoire et Saint-Flour pour voir de nouveaux changements au classement général. Au départ, on a une simple échappée, dont les Français Sandy Casar pour la FDJ et Thomas Voeckler pour le Team Europcar. Mais le peloton va fortement ralentir à cause d’une énorme chute. Vinokourov, Van Den Broeck ou encore Zabriskie sont contraints d’abandonner, rejoignant Brajkovic, Wiggins et Horner au rang des favoris à terre. Ainsi, l’échappée désormais à 5 se retrouve avec 7’40’’ d’avance à 92 km de l’arrivée, puis 5’30’’ à 70 km. Malgré la chute invraisemblable de Flecha et Hoogerland dans l’échappée, poussés par une voiture, Voeckler prend le maillot jaune avec 1’49’’ sur Sanchez, le vainqueur d’étape et 2’26’’ sur Evans au terme d’une semaine marquée par les chutes.

Les étapes 10 et 11 sont remportées au sprint. Arrive enfin la première étape de montagne entre Cugnaux et Luz-Ardiden, au terme de laquelle Voeckler perd 20’’ sur les principaux favoris eux-mêmes battus de 10’’ par Frank Schleck, nouveau 2ème du classement général. Avant l’étape 14, on annonce à nouveau Voeckler perdre son maillot jaune. Et pourtant, dans le plateau de Beille, c’est lui qui vient suivre les attaques des favoris, donnant l’impression d’être le plus frais. Il n’ose cependant tenter sa chance alors qu’il semble le plus fort. Les Pyrénées laissent place aux Alpes. Voeckler perd quelques secondes à Gap (étape 16), puis encore une poignée suite à une sortie de route incroyable à Pinerolo dans la dernière descente (étape 17). Puis, dans l’étape 18 arrivant au Galibier, c’est Andy Schleck qui sort le grand jeu. Distancé au général à cause d’une mauvaise descente à Gap, il tente un grand numéro en sortant dans l’avant dernier col, à 60 km de l’arrivée. Pari gagnant, puisqu’il prend la deuxième place au général avec 15’’ de retard sur Voeckler. Frank Schleck récupère 8’’ sur Evans et passe deuxième. Mais la véritable information de cette étape, c’est la défaillance de Contador dans le Galibier qui le sort de la course à la victoire, puisqu’il pointe à 4’44’’ de Voeckler. L’Espagnol tente donc un baroud d’honneur le lendemain dans l’étape entre Modane Valfréjus et l’Alpe d’Huez en attaquant dès le col du Télégraphe, première ascension du jour. Seul Schleck le suit car Voeckler cale légèrement et Evans connaît un ennui mécanique. Puis, dans le Galibier, le maillot jaune tente de les rattraper mais se voit obliger de réintégrer le peloton. Evans accélère et Voeckler lâche totalement prise. A la faveur de la descente entre le Galibier et l’Alpe d’Huez, l’Australien revient sur le Luxembourgeois et l’Espagnol, puis c’est le coureur d’Europcar qui les rejoint. Contador tente à nouveau sa chance dans ce dernier col, mais c’est Pierre Rolland qui gagne l’étape et le maillot blanc. Evans et les frères Schleck finissent ensemble, Voeckler perd le maillot jaune au profit d’Andy et sort du podium. Mais c’est le contre-la-montre du lendemain à Grenoble qui va tout déterminer. Les 57’’ de Schleck sur Evans ne sont pas suffisantes, et l’Australien l’emporte. Le calculateur Evans aura finalement gagné, devant les deux frères Schleck, à 34 ans son premier Tour de France. Voeckler termine 4ème et Contador 5ème.


Les Français

 

De toute évidence, c’est de nouveau un Tour réussi pour les Français, mais cette fois-ci d’une manière totalement différente de l’an dernier. En effet, alors que l’on comptait 6 victoires d’étapes tricolores en 2010, la moisson 2011 se cantonne à la seule mais prestigieuse victoire de Pierre Rolland à l’Alpe d’Huez. Cependant, alors que les Français étaient inexistants dans la course au général, on a eu cette année 10 jours en jaune pour Thomas Voeckler, qui termine d’ailleurs quatrième. Ses performances éblouissantes ont en outre fait battre des records d’audience à France Télévisions. La 10ème place revient également à Jean-Christophe Péraud pour sa première Grande Boucle. Coppel et Jeannesson se placent eux respectivement 14ème et 15ème. Mais la grande satisfaction reste bien le maillot blanc de Pierre Rolland, 11ème du général. Le coureur d’Europcar qui a fidèlement servi Voeckler dans la montagne a réussi, malgré ces efforts supplémentaires, à endosser la tunique de meilleur jeune. Un résultat qui donne beaucoup d’espoirs pour le futur du cyclisme français, car Rolland a su suivre les meilleurs en montagne, s’offrant même le luxe de larguer Contador et Sanchez dans l’Alpe d’Huez. Et puis, comment oublier le panache de ces coureurs peu récompensés mais toujours dans les échappées ? Jérémy Roy et tous les autres coureurs de la FDJ en sont l’illustration, presque toujours présents à l’avant. L’ingénieur a même été désigné « Super Combatif du Tour ». Ajoutons les bonnes places de Romain Feillu dans les sprints, sans équipier l’aidant, et le fait que Chavanel ait été embêté par des chutes et donc blessé sur le vélo. Ainsi, le bilan est très positif et permet de voir l’avenir se dessiner en beauté.


Quels enseignements ?

 

A coup sûr, ce Tour là reste le plus intéressant depuis quelques années. On a eu droit à un suspense haletant puisque le vainqueur n’a été connu que la veille de l’arrivée. En outre, Thomas Voeckler a fait vibrer le public français. Mais, d’un point de vue purement sportif, on peut constater que cette édition n’a pas été celle où les cadors étaient le plus en forme. Première preuve, la victoire de Cadel Evans, un outsider, et surtout la 4ème place de Voeckler qui a été tout près de l’emporter, lui qui n’est pas d’ordinaire un grimpeur exceptionnel. Seconde preuve, la méforme d’Andy Schleck s’ajoute aux défaillances de Contador. L’Espagnol, victime de chutes, payait sans doute aussi sa performance sur le Giro. Enfin, les chutes justement ont laissé au tapis de nombreux favoris qui auraient pu avoir leur mot à dire, comme par exemple Van Den Broeck, Brajkovic ou Wiggins. On retiendra l’attitude très changeante d’Andy Schleck, capable d’attentisme en se regardant avec son frère dans les Pyrénées, mais aussi d’un panache monstrueux comme dans l’étape arrivant au Galibier. Mais son point faible au contre-la-montre aura permis au calculateur, au travailleur, au méritant Evans de gagner à 34 ans. Beaucoup d’efforts, le travail de toute une carrière qui, finalement, a abouti au rêve de l’Australien.

 

SRC

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