[Edito] Campagne choc de Reporters Sans Frontières

Publié le par stephol07

Aujourd'hui 3 mai était la date de la journée internationale pour la liberté de la presse. Ainsi, une campagne choc a été organisée par Reporters Sans Frontières (RSF). L’occasion de rappeler le rôle important de celle-ci dans le bon déroulement d’une démocratie, et de souligner les difficultés qu’elle rencontre dans certaines régions de notre planète comme en France.

 

La campagne de RSF

« Sans liberté d’information, pas de contre-pouvoir ». Tel est le constat qui sert de slogan aux affiches de Reporters Sans Frontières. Ces affiches sont au nombre de 5 modèles différents, chacune d’entre elles représentant un « prédateur », dixit RSF, de la liberté de la presse. Ces cinq prédateurs ne sont autres que cinq chefs d’état : Bachar Al-Assad (Syrie), Vladimir Poutine (Russie), Mahmoud Ahmadinejad (Iran), Xi Jinping (Chine) et Kim Jong-Un (Corée du Nord). 

Ils sont tous représentés en train de faire un geste obscène, doigt d’honneur ou bras d’honneur, geste adressé sans doute à la liberté de la presse. Ces présidents n’ont pas été choisis au hasard. Tout d’abord, leurs pays respectifs sont classés parmi les plus inquiétants au niveau de la liberté de la presse dans le classement 2013 de RSF. La Corée du Nord récolte la médaille d’argent des mauvais élèves (178ème), la Syrie termine au pied du podium (176ème), l’Iran (174ème), la Chine (173ème) et la Russie (148ème) se classant à peine mieux. Les affiches ont été collées dans la station de métro « Opéra » à Paris, sans doute à l’insu des forces de l’ordre qui ont interpellé les militants, un peu tard cependant, si l’on en croit les vidéos publiées sur la page facebook de RSF. Mais des voix se sont élevées pour critiquer le choix de ces seuls cinq « prédateurs » et reprocher à l’ONG française d’oublier d’autres tyrans moins connus. Il paraît cependant aisé de répondre à cette objection. En effet, l’objectif d’une telle campagne est de frapper le grand public avec un message clair et immédiat. Ainsi, nul doute que les photos de Al-Assad, Poutine ou Kim Jong-Un s’impriment plus facilement dans l’imaginaire collectif que celle de Issayas Afeworki, président de l’Erythrée, pourtant pays le plus mal classé au monde et prison à ciel ouvert. Il convient également de rappeler qu’une liste beaucoup plus complète de ces « prédateurs » est en ligne sur le site de RSF, décrivant les agissements qui valent ce qualificatif aux dictateurs.

 

Les dictatures, ces ennemis d’une presse libre

Que la répression se fasse de manière ouverte comme en Erythrée ou de manière plus sournoise comme en Russie, certains pays n’acceptent pas la diffusion d’informations de manière libre. Entre journalistes qui meurent en prison comme en Erythrée, une guerre « sanguinaire » de l’information en Syrie, ou des pressions sur les familles de journalistes en Iran, les bas-fonds du classement ne sont pas constitués de havres de paix. Certains tyrans semblent avoir intérêt à laisser leur peuple dans l’ignorance. D’autres pays, comme le Mali, ont subi une dégringolade dans le classement à cause des instabilités politiques qui les agitent. La plupart des mouvements de contestation du Printemps Arabe avaient amélioré un temps la liberté de la presse, mais à l’exception de la Libye, ce léger sursaut n’a pas duré longtemps. Enfin, quelques leaders régionaux ne sont pas à la hauteur de ce qu’on peut espérer, que ce soit la Russie, le Brésil, l’Inde, la Chine et sa censure d’internet, ou encore la Turquie, première prison au monde pour les journalistes.

Cependant, si démocratie rime souvent avec liberté de la presse, rien n’est jamais acquis en matière de liberté de la presse.

 

La France, pas si bon élève que ça

La France, patrie des droits de l’Homme et du Citoyen, pays des Lumières, symbole international de la démocratie… Voici quelques titres honorifiques qu’on veut bien se donner de temps à autre, entre une Marseillaise chantée à tue-tête et un cocorico bleu-blanc-rouge. Au milieu de cette accumulation d’éloges, la 37ème place au classement de la liberté de la presse de RSF sonne comme un couac. Cette place est essentiellement due à quelques pressions exercées parfois par les plus puissants sur quelques journalistes ou caricaturistes. Pour exemple, un article du Monde des 29-30 avril 2007 raconte une lettre de Sarkozy au dessinateur Plantu : « Nicolas Sarkozy, après des compliments d’usage, disait : « je n’ai pas manqué de remarquer un détail qui agrémente ma présence sur votre dessin : une mouche. Je sais qu’elles accompagnent généralement la représentation de Jean-Marie Le Pen. » […] Suivait une proposition pour dissiper le « malentendu ». « Bien sûr, le lendemain j’ai dessiné trois mouches », raconte Plantu en riant. Depuis, Nicolas Sarkozy a aggravé son cas en se plaignant auprès de la direction du journal ». D’autre part, un groupe d’experts de la Commission Européenne en charge de contrôler la pluralité des médias épinglait la France en 2012, considérant qu’elle n’est « pas un bon exemple pour l’Europe ». Cela faisait suite à une réforme de la nomination du patron de France Télévisions par le président de la République. Une réforme effectuée par Nicolas Sarkozy et qui, malgré la promesse électorale de François Hollande, n’a pas encore été supprimée, ce qui reste « clairement une concentration de pouvoirs en une seule main » selon la Commission. Enfin, on peut rappeler qu’en 2010, le slogan d’une affiche de RSF était le suivant : « Classement Mondial de la Liberté de la Presse. La France termine 44ème. Soit 33 places de moins qu’il y a 8 ans ».

 

 

La liberté de la presse n’est pas un combat gagné d’avance. En effet, on peut constater d’énormes difficultés pour accéder à l’information dans certains pays dirigés par des « prédateurs ». A travers sa campagne choc non exhaustive, Reporters Sans Frontières se bat chaque jour pour des améliorations dans ce domaine. Cependant, le droit à l’information n’est pas non plus un acquis définitif, même dans les démocraties. L’exemple de la France, bien qu’en train de remonter lentement dans le classement, en est la parfaite illustration. Le Japon avec la censure autour de l’affaire Fukushima en est un autre. Ainsi, il convient de se continuer à se battre chaque jour pour la gagner et la conserver, cette liberté ! « Indignez-vous » des atteintes qu’elle peut subir comme dirait Stéphane Hessel. Car la liberté de la presse, qui repose sur la liberté d’opinion, la liberté mentale et d’expression, est l’un des principes fondamentaux des systèmes démocratiques. Car « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l'abus de cette liberté » comme l’énonce la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Car sans liberté de la presse, pas de contre-pouvoir.

 

SRC

Publié dans Chroniques

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