[International] Gazprom, symbole de l'omniprésence de Poutine en Russie

Publié le par stephol07

Gazprom a été accusée début septembre « d'entrave à la concurrence » par la Commission européenne qui a ouvert une enquête. Ais il n'a pas fallu plus d'une semaine à Poutine pour réagir et soutenir indirectement le géant gazier russe dont l'État est actionnaire à 50%. L'occasion de souligner la connivence entre certaines entreprises et les intérêts du Kremlin.

 

Enquête ouverte par la Commission européenne

Tout d’abord, on note les récentes accusations (septembre 2012) de la Commission européenne « d’entrave à la concurrence sur les marchés du gaz en Europe centrale et orientale ». La Commission soupçonne notamment le géant gazier d'avoir « empêché la diversification de l'approvisionnement en gaz » dans des pays souvent issus de l’ex-URSS et « imposé à ses clients des prix du gaz injustifiés en les liant aux prix du pétrole ». « Si elles sont prouvées, de telles pratiques sont susceptibles de constituer une restriction à la concurrence et de provoquer une hausse des prix ainsi qu'une détérioration de la sécurité des approvisionnements », a ajouté la Commission.

Ainsi, cette dernière a récemment ouvert une enquête en faisant des inspections inopinées dans les locaux de la compagnie. Ces contrôles ont eu lieu dans 10 pays de l’UE en 2011 et donnaient notamment suite à une plainte de la Lituanie.

Les anciennes républiques de l’URSS voient par ailleurs Gazprom comme un relent de l’influence soviétique. En effet, la présence ultra-majoritaire de la société sur le marché européen inquiète ces pays qui ne veulent pas arriver à une dépendance. On parle même « d’impérialisme énergétique ». De son côté, la FTN affiche une volonté de coopérer avec les Européens, mais surtout de s’affirmer en acteur-clé de la fourniture de gaz en Europe.

 

Corruption et faux-semblants

D’autre part, Gazprom, détenu majoritairement par l'État russe, est accusée, comme son actionnaire principal, de corruption. Les mauvaises langues diront que ce n’est pas très étonnant pour une entreprise russe. Mais, pour évoquer cette éventuelle corruption, il faut remonter au temps de L’URSS. En 1965, l’URSS donne naissance au ministère unifié de l'industrie pétrolière et gazière. Celui-ci se voit chargé de la prospection, de l’extraction, du transport et de la distribution du gaz naturel et représente donc une grande force de frappe pour l'État. Les réformes économiques et structurelles russes de 1989 transforment ce ministère en société anonyme, Gazprom, acronyme de « société gazière » en russe. Gazprom devient le premier exportateur et premier exploitant de gaz au monde. Ainsi, il permet de tirer l’économie vers le haut. L’Etat détient toujours 50% de Gazprom qui représente une part non négligeable de ses recettes budgétaires (20%) et de son PIB (8%). A travers les intérêts du géant gazier, ce sont donc également les intérêts du Kremlin qui entrent en compte. Mais Gazprom semble être une compagnie mal gérée. La banque VTB capital a notamment souligné que « Gazprom fait face à de sérieux problèmes financiers ». Même Poutine y est allé de son grain de sel : « De plus en plus souvent, des plaintes nous parviennent sur la façon dont l'entreprise est gérée, sur la corruption qui y règne. C'est probablement le cas [...]. La police doit intervenir ». Cependant, cette déclaration du président russe cache ses réelles convictions envers la FTN. Un oukase (sorte de décret) a récemment confirmé que Gazprom est le bras armé de la politique étrangère russe. La société serait même « à la droite de Dieu le père » selon une source proche de la compagnie. Et, par un pur hasard, le PDG de Gazprom est un proche de Poutine.

 

Soutien et opposition à l'UE

Ainsi, Poutine n’a pas attendu longtemps pour contrer les velléités de la Commission européenne. Une semaine après l’annonce d’une enquête formelle par cette dernière, le président russe a publié un décret. Il a placé les entreprises russes « stratégiques » sous protection du Kremlin. En effet, la communication d’informations sur l’activité de ces entreprises doit être précédée de l’accord du pouvoir exécutif. Tout cela dans le but d'éviter de « porter préjudice aux intérêts économiques de la Fédération de Russie ». Un porte parole de Gazprom a ainsi déclaré que « comme l'indique le décret, Gazprom ne fournira désormais d'informations sur ses activités, ou de réductions de prix, qu'après accord préalable avec les autorités compétentes, comme pour toute autre modification tarifaire ». Un moyen de plus pour l'État russe de montrer que le géant gazier et ses intérêts lui sont fortement liés. Selon Garry Kasparov, ancien champion du monde d’échec reconverti dans la politique, « tout affaiblissement de Gazprom constitue une sérieuse menace pour Poutine, car il entame ses intérêts politiques et économiques, et c'est pourquoi il prend cette affaire aussi au sérieux ». « Poutine se doit d'apparaître aux gens autour de lui comme quelqu'un qui protège les intérêts de tout son clan », a ajouté l’activiste anti-Poutine. Mais celui qui est devenu un des leaders de l’opposition s’autorise une pointe d’optimisme : « L'enquête de l'UE [...] peut affaiblir Gazprom et le régime du président Poutine ».

 

Gazprom reste aujourd’hui l’acteur majeur de l’exploitation et l’exportation de gaz au monde. Ses actions se font en lien direct avec l'État russe et son économie, ce qui donne lieu à des soupçons comme la corruption ou l’entrave à la concurrence. Cependant, l'influence de Poutine semble bien protéger la multinationale des attaques de la Commission européenne. Gazprom a en revanche du souci à se faire d'un point de vue économique. En effet, selon l'Agence internationale de l'énergie, le géant gazier pourrait perdre sa première place mondiale d'ici 10 ans.

 

 

Quelques informations sur Gazprom :

- Firme Transnationale russe créée en 1989.

- Premier exportateur et premier exploitant de gaz au monde.

- actionnaire majoritaire : Etat russe (50% + une action).

- représente 20% des recettes budgétaires de l’Etat russe et 8% du PIB russe (2005).

- emploie plus de 300 000 personnes.

- détient 93% des réserves de gaz russe et possède 150 000 km de pipelines (plus grand réseau du monde).

- 117,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires, 31,9 milliards de bénéfice (2010).

- statut juridique : société anonyme.

- 1ère entreprise russe, 35ème rang mondial.

 

SRC

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