[Politique] Réforme des rythmes scolaires : le mauvais calcul de M. Peillon

Publié le par stephol07

Depuis de nombreuses années, des études semblent montrer qu’une réforme des rythmes scolaires est devenue une nécessité. Ainsi, Vincent Peillon, le turbulent Ministre de l’Education Nationale a annoncé à sa nomination un retour à la semaine de 4 jours et demi dans le but de raccourcir les journées des enfants. Une bonne idée au départ qui accouche finalement d’une souris. Explications.

 

Renouer avec un gouvernement de dialogue ?

 

Début octobre paraissait un rapport sur la « refondation de l’école » voulue par la Gauche. Il suivait 3 mois de négociations avec les syndicats et les parents d’élèves et comprenait donc ce fameux point des rythmes. Mais 3 mois plus tard, oubliées les concertations ! Un décret était validé le 24 janvier, sans consultation des parents d’élèves et des instituteurs. Ce décret comprend le raccourcissement de 45 minutes des cours au profit d’activités dites « périscolaires », l’allongement de la pause méridienne et le mercredi travaillé. Le tout dans une réforme faite à l’emporte-pièce avec peu de réflexion. Vous avez dit l’intérêt des élèves ?

 

Journées raccourcies et moins fatigantes ?

 

Vous aviez dit raccourcissement des journées M. Peillon ? Le temps de cours libéré sera occupé par ces fameuses activités périscolaires, comprenez culturelles ou sportives. Cependant, ces activités auront lieu le midi, puisqu’il s’agira d’allonger la pause méridienne. L’école commencera et terminera donc aux mêmes heures. De plus, de nombreux élèves arrivent déjà très tôt le matin et repartent plus tard le soir, restant ainsi à la garderie. En quoi la journée de l’élève est-elle plus courte ? Peut-être me direz-vous moins fatigante. En quoi les activités périscolaires sont-elles plus reposantes que les cours ? Surtout quand il s’agit de rajouter le mercredi matin. Ou plutôt de supprimer la coupure constatée comme indispensable par l’ensemble des enseignants. En effet, les enfants seront encore plus fatigués le vendredi, journée déjà très difficile, car ils n’auront pas pu se reposer du mardi après-midi où les enseignants constatent déjà un déficit d’attention. Le mercredi matin est donc une hérésie totale pour le rythme des enfants. Sans compter qu’un enfant de 3 ans n’a pas les mêmes besoins qu’un enfant de 11 ans. Mais pour beaucoup de parents d’élèves, l’école sert à garder les enfants quand les deux parents travaillent.

 

Activités périscolaires, quel intérêt ?

 

Former des intervenants culturels et sportifs. Prévoir des lieux, installations, matériels. Voilà exactement ce que l’Etat n’a pas les moyens de faire, puisque l’enveloppe budgétaire allouée à ces postes est très maigre. Ainsi, les personnels, souvent des vacataires à la recherche d’un emploi autre, seront peu voire pas qualifiés et l’enrichissement pour les enfants en pâtira, n’existera peut-être même pas du tout. De plus, l’Etat se défausse sur les collectivités locales pour ces activités, à l’heure où ses dotations sont en baisse, s’inquiète Yves Jardel, responsable des questions d’éducation à l’association des maires de France (AMF). « Le renforcement de la réussite scolaire ne doit pas se faire uniquement aux frais des communes. L'éducation est une compétence de l'Etat » rappelle-t-il. Sans compter que ces activités renforceront les inégalités, entre les communes capables de financer un véritable encadrement et les autres…

Ainsi, devant toutes ces incompréhensions, l’indignation des instituteurs était évidemment tout bonnement scandaleuse !

 

Quels fainéants ces enseignants !

 

Outre le fait qu’ils aient été mis devant le fait accompli, les instituteurs ont de nombreuses raisons de protester contre ce putsch de M. Peillon. Tout d’abord, des raisons purement égoïstes, comme la presse les a qualifiées, mais également tout à fait légitimes. Venir un jour de plus en restant autant les autres jours sur leur lieu de travail sans aucune revalorisation salariale.  N’importe quel travailleur serait mécontent, mais les enseignants, eux, doivent se taire. Le bavard Ministre a tenté de calmer leur grogne en déclarant hâtivement envisager de verser une prime de 400€ annuels. Un écran de fumée qui veut, en diabolisant la profession, masquer les véritables revendications.

En effet, le motif de protestation est avant tout, oh surprise, l’intérêt des enfants. Car les enseignants ne sont pas du tout opposés à la semaine de 4 jours et demi contrairement à ce que dit la presse. Au contraire, ils pensent que c’est une bonne chose… si on rétablit le samedi matin. L’attention des élèves était, à leurs dires, plutôt satisfaisante ce jour là, et pourrait permettre d’écourter les autres journées en gardant l’indispensable coupure du mercredi. Des enfants reposés permettent aux enseignants d’accomplir plus facilement leur mission auprès des élèves. Cependant, on se heurte cette fois encore au lobby des parents, qui veulent conserver leur sacro-saint week-end complet, en dépit de l’intérêt de leur progéniture.

Quand l’éditorial du Monde du 22 janvier se permet de qualifier la grève de « corporatisme étriqué [et] lamentable », on peut alors se demander qui est vraiment étriqué et lamentable. Les instits, ces égoïstes fainéants invétérés, ou la presse et l’opinion publique se livrant à leur sport préféré, taper sur les profs ? Les enseignants travaillent déjà bien plus de 35h ou 4 jours par semaine. Et passent plus de temps avec les enfants des autres qu’avec les leurs.

 

 

« Nous avons une plus noble ambition, c’est celle de changer l’école ». Quelles belles paroles, M. Peillon ! Mais, bien que je ne sois pas prof de maths, je me permets de pointer du doigt votre mauvais calcul. Les enfants seront plus fatigués. Les enseignants sont mécontents, bien qu’ils soient pourtant majoritairement un électorat de gauche. Les activités périscolaires mal exécutées sont inutiles. En bref, ce décret est bâclé et populiste, car la presse ne laisse pas s’exprimer les enseignants, préférant les condamner. Pourquoi se précipiter à ce point à la manière du précédent gouvernement que vous avez pourtant tancé ? L’intérêt des enfants ne passe pas par un décret hâtif, mais par une réforme en profondeur. Il faudra pour cela s’opposer à des lobbies comme le tourisme beaucoup plus consistants et puissants que les professeurs, bien que ces derniers soient mieux habilités que quiconque à évoquer l’intérêt de leurs élèves. Et cela demandera un courage politique qu’aucune personnalité ne semble avoir dans ce pays.

 

SRC

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